Tyler The Creator! Véritable attraction depuis un an dans le monde du Hip-Hop, ce jeune rappeur de 20 ans avec déjà un album à son actif nous en livre ici un deuxième intitulé Goblin. Garant du collectif Odd Future (voir dans notre rubrique Focus), Tyler The Creator arrive à un tournant de sa carrière. Goblin sera son album « mainstream »  dans le sens ou il touchera un plus grand nombre de personne au vue de la popularité croissante de l’artiste.

La pochette de l’album est totalement originale et tranche avec la facheuse habitude des rappeurs à proposer des artworks plus banales les unes que les autres. Cette pratique innovante est propre au collectif Odd Future. Pour les featurings, Tyler invite exclusivement des membres de son mouvement. Au niveau de la production, Tyler The Creator seul qui s’en charge.

Mais penchons nous sur cet album qui fait déjà saliver avant meme sa sortie officielle. La première track Goblin, lors de son introduction, la citation « What you need is me, someone to talk to. Uh it’s been a while since our last session. So tell me what’s been going on » nous donne la ligne directrice de l’opus: Tyler entretiendra une relation avec un « psychologue »  auquel il se confiera (7 tracks sur 15). Sur ce son, qui a de fortes ressemblances avec Bastard issu du premier album, on est captivé, immergé dans l’esprit de l’artiste ou il annonce directement la couleur « Nigga fuck a mindset, my brain in an obscenity. I’m Fucked in the head, i lost my mind with my verginity« . La track se finie par un coup de semonce, Tyler se pose en équivalent du diable avec le brillant « The devil doesn’t wear Prada, I’m clearly in a fucking white tee« . Ne soyez plus choqués des propos tenus par l’artiste.

La deuxieme piste, Yonkers, n’est plus à présenter. d’ailleurs pas etonnant que Tyler recoive de nombreuses récompences liées à son clip désormais culte.

Tyler tente, ose, provoque! Radical en est le pur exemple. Le début de la piste sonne le glas « Hey, don’t do anything that i say in this song, okay? It’s fuckin fiction. If anything happens, don’t fuckin blame me, white america, fuck billy O’Reilly« . Tous est à prendre au second degré! Mais l’athmosphère du son nous pousse à ne pas en tenir compte. Avec un refrain contenant des relents semi anarchique qui accroche notre memoire « Kill people, Burn Shit, Fuck school« . Le rappeur s’en prend à peu près a tous ce qu’il aime pas. Sa passe de l’université, son père « I ain’t no muthafuckin daddy, he ain’t teach me shit. Child support ain’t come that faggot still ain’t bought me anything« , les filles à forte corpulence ou encore la religion…ce titre à l’etoffe pour un hymne anticonformiste.

La troisième single She emmené par un excellent Franck Ocean s’érige en track qui a le potentiel de toucher un nouveau public.

Fin de plaisanterie, Tyler The Creator « casse » l’abiance laisser par She et nous sert le psychédélique Transylvania. Tyler se mue en Dracula en enchainant les punchlines plus salaces les unes que les autres envers la gente féminine « Goddamn i love that bitches, especially when they only suck dick and wash dishes« . Dans la meme lignée mais avec un ton plus sombre on retrouve Nightmare. Tyler nous expose son point de vue face à la mort, la religion et se considère en tant que cauchemar. Nightmare est un titre excellent produit par Tyler lui meme. Assurément l’une des meilleures tracks de l’album.

Punchlines après punchlines, Tyler atteint l’apothéose de son talent avec Tron Cat. Tout y est, ego trip avec un penchant misogyne mise en avant volontairement par l’artiste, et son rapport addictif à la masturbation et la séxualité « After chronic masturbation, asking where Mary-Kate went. I wanna be the reasons why lesbians hate dick…« . Tous les sujets sont aborder! Tyler The Creator enchaîne avec « Rape a pregnant bitch and tell my friends i had a threesome » et des jeux de mots qui risque de créer une polémique comme « Odd Future, Wolf Gang, Nazi Bar Mitzvah« . Plus on parcours l’album et plus Tyler gravit les échelons dans le politiquement incorrect, pour rappel l’album a été interdit au moins de 18 ans en Australie.

On est partagé entre choc et dégoût envers les propos tenu par le rappeur, hélas son talent fait oublier nos ressentis et on finit par se concentrer sur l’aspect musique et non polémique.

S’ensuit le monstrueux et brut Sandwiches en collaboration avec Hodgy Beats. Tyler nous averti « Who the fuck invited Mr i don’t give fuck!?« , ce titre nous fait assurement hocher la tête durant toute la longueur du son. La production est calibrée pour permettre à Tyler de déverser son rap et faire passer un message à tous ce qui’il ne porte pas dans son estime. Hodgy Beats assure sur ce morceau avec un couplet qui se résume à un pamphlet anti religieux.

Sur la fin de l’album Tyler invite les membre de OFWGKTA. L’hilarant Bitch Suck Dick risque de pousser les organisations qui défendent le traitement de la femme dans le rap à se trouver une nouvelle cause! L’envoûtant Analog et le bizzaroidement bien reussi Window.

L’album s’achève par Golden, qui est la derniere consultation de Tyler The Creator avec son « psychologue ». Sa relation avec Earl (qui a mystérieusement disparu) est développée par le rappeur « Niggas saying Free Earl without even knowin’ hin. They’re missing the new album, i’m missing my only friend. » On plonge lyrics après lyrics dans la personnalité complexe et souvent incomprise de Tyler The Creator.

L’album nous laisse, oui il faut le dire, sur le cul! Goblin est un Ovni fait par un Ovni! Un souffle venu d’un autre planete s’installe dans le Hip Hop. Les sujets abordés et la manière de les exploiter va certainement mettre à bloc les nerfs de l’Amérique puritaine. Bastard avait repoussé les limites de l’époque pour en placer de nouvelles, Goblin les détruits pour finalement se placer à un endroit ou il y’en a aucune.  Selon nos avis cet album risque de marquer non seulement l’année 2011 mais également la décennie. 

Le talent désinvolte de ce jeune adulte nous mystifie…et dire qu’il n’a que 20 ans…

Note: 18/20

Mr.G